L’enrichissement alimentaire du perroquet


par Johanne Vaillancourt

Se nourrir, ça tient son perroquet occupé!

Je n’ai jamais rencontré d’amateurs de perroquets qui avaient délibérément l’intention de rendre la vie impossible à leur meilleur ami… bien au contraire! Nous recherchons ce qu’il y a de mieux pour notre perroquet: nous dépensons une fortune en jouets plus attrayants les uns que les autres, nous passons un temps fou à bien équilibrer son alimentation, à apprêter soigneusement toutes sortes d’aliments afin de les rendre plus appétissants; on les épluche, on les tranche en cubes, en lamelles, on les sert hachés menu ou en bouillie, et tout ça, dans le but louable de faciliter la vie à notre oiseau.

Bien voilà, on facilite peut-être un peu trop la vie de notre amour à plumes! À vouloir trop bien faire, sans le savoir, on réprime des comportements qui sont liés à la nature même de cet animal. En effet, le perroquet possède une multitude de compétences conçues pour la recherche alimentaire, et malheureusement pour l’oiseau vivant en compagnie des humains, l’action de fourrager ne se résume bien souvent qu’à vider son écuelle dans l’éventualité peu probable d’y trouver quelque chose de plus excitant tout au fond!

Comme plusieurs s’en doutent, pour créer le meilleur habitat possible, ce dernier doit contenir des éléments qui se rapprochent du milieu naturel de l’oiseau; éléments qui serviront à le stimuler et qui lui procureront le loisir d’explorer, de fouiller et d’expérimenter. Sa santé mentale et souvent physique en est tributaire. Les désordres phobiques et les stéréotypies qu’on rencontre malheureusement si souvent chez le perroquet vivant en captivité sont souvent dus au manque de composantes stimulantes dans cet environnement artificiel. Naturellement, personne ne s’attend à ce que vous façonniez une forêt tropicale pour exciter votre perroquet, mais vous disposez tout de même de plusieurs ressources pour satisfaire certains besoins de votre oiseau et les besoins relatifs aux comportements alimentaires sont certainement des plus faciles à combler.

Le perroquet, dans son milieu naturel, passe énormément de temps à chercher, grimper, fourrager pour se procurer une grande variété d’aliments qu’il sélectionne soigneusement afin de bien équilibrer son alimentation. Lorsque la nourriture est trouvée, un temps équivalent est dévolu à la manipulation et à la transformation de ces aliments afin de les rendre assimilables. En fait, 4 à 6 heures par jour, et parfois plus dépendant des espèces, sont dévolues à cette seule activité. Cette phase appétitive occupe donc près de 60% de l’activité de l’oiseau dans sa journée. En plus de voler parfois sur plusieurs kilomètres pour se rendre à un site d’alimentation, les perroquets savent manœuvrer pour se rendre à la cime des arbres pour se procurer certaines variétés de fruits, pratiquement inaccessibles, qui pendillent aux extrémités des branches. Ce sont des athlètes d’une agilité remarquable et leur constitution physique est en tout point adaptée à ce genre d’activité physique.

Maintenant, dans notre grand souci d’offrir un environnement et une qualité de vie confortable à notre oiseau, dans nos maisons, le perroquet n’a généralement pas à se déplacer vers différents sites d’alimentation. Il n’a qu’à faire quelques pas pour se rendre à son écuelle et n’a plus besoin de s’affairer à fouiller ou émonder ses aliments. La nourriture est fournie à peu près à heure fixe, toujours au même endroit et, bien souvent, cette nourriture "domestique" ne représente aucun défi ni effort pour le perroquet (la moulée ne représente certes pas de défis complexes pour un bec normalement constitué). C’est ainsi que notre perroquet "domestique" ne passe en tout et partout que 30 à 45 minutes dans sa journée à l’activité de se nourrir… Nous sommes affreusement loin du compte! Les si précieuses compétences servant à la recherche alimentaire que le perroquet a développées au cours de son évolution deviennent soudainement obsolètes dans un contexte de captivité. Ce qui est triste pour lui, c’est qu’il ne possède pas de générations successives de domestication et, par conséquent, ses besoins et ses comportements sont encore identiques à ceux de ses semblables vivants dans leur habitat naturel, incluant les comportements associés à l’acte de se nourrir.

En captivité, l’absence de cette phase préalimentaire ne permet pas à l’oiseau de se développer pleinement, d’acquérir ou d’affiner ses compétences à traiter ses aliments et, souvent, le manque de diversité dans son alimentation peut en arriver à le rendre capricieux ou phobique face à des aliments qui lui sont inconnus et ainsi risquer de mettre en péril sa santé.

La phase appétitive pour le perroquet est le temps passé à rechercher et à traiter sa nourriture et, comme nous l’avons vu, le développement physique et psychologique du perroquet a évolué en tenant compte de ce besoin fondamental. La captivité a malheureusement dégagé le perroquet de cette contrainte ne lui laissant que la phase consommatoire du comportement. Cette impossibilité à exprimer des comportements naturels de recherche alimentaire risque de créer des déviances dans ses comportements à plusieurs autres niveaux.

Si on considère qu’en état de veille, le temps alloué à la recherche de sa nourriture et aux interactions sociales ne laisse environ que 7 à 10% de temps de repos quotidiennement au perroquet dans son habitat naturel et que, dans un contexte de captivité, cette proportion semble totalement inversée, que peut donc faire notre perroquet pour meubler le reste de sa journée? L’absence de stimuli ainsi que la grande oisiveté dans laquelle la captivité le maintient ne sont pas étrangères à la somme des comportements aberrants qu’il risque de développer. Le perroquet cherchera inévitablement à occuper son temps et risque ainsi de développer des comportements d’hypervocalisation, de destruction et souvent, utilisera son propre corps pour se dérober à cet ennui qui rend fou (automutilation, manie, rituels compulsifs, etc.). Certaines recherches récentes sur le picage en arrivent même à la conclusion qu’il y a peut-être une corrélation entre l’absence d’opportunités de fourrager et le "trifouillage" des plumes associé au picage chez les perroquets vivant en captivité. En effet, ces recherches, notamment sur les stéréotypies et autres troubles du comportement des animaux sauvages vivant en captivité, ont mis en lumière le "contrafreeloading" : comportement qui s’exprimerait par le choix de l’animal de travailler pour obtenir sa nourriture alors qu’une nourriture similaire ou identique est facilement accessible et peut être obtenue sans le moindre effort. L’ennemi à abattre ici serait donc l’inaction!

Activités de recherche alimentaire (foraging)

Donc, notre souci d’offrir une nourriture saine et équilibrée, même en abondance, ne suffit pas à soustraire notre perroquet à l’anxiété que procure le désoeuvrement d’une vie captive. La solution réside dans l’enrichissement de son milieu afin qu’il ait l’impression de pouvoir agir sur son environnement, en laissant s’exprimer, du moins en partie, certains comportements qui sont reliés à la recherche de sa nourriture. Pour ce faire, vous devez dynamiser la vie de vos oiseaux en leur offrant des défis stimulants qui sont associés à l’action de se nourrir:

  • Déplacer régulièrement le poste d’alimentation de votre perroquet, ou mieux, lui fournir plusieurs sites offrant des nourritures diverses, et ce, à différents moments de la journée.
  • Éparpillez la nourriture de votre perroquet sur son gym ou sur le sol dans la volière, et ensevelissez-la sous un amoncellement de morceaux de papier, de carton et de brindilles de bois (particulièrement apprécié chez les espèces qui se nourrissent au sol).
  • Suspendre ou piquer les morceaux de fruits et légumes (une simple banane et une grappe de raisin suspendues très haut près d’une perche et difficiles d’accès procurent des heures de plaisir à mes aras).
  • Cacher les gâteries dans des petites boîtes de carton ou contenants à ouvrir, les envelopper dans du papier (sacs de papier brun) ou des pièces de tissu que l’oiseau devra déchiqueter avant d’y avoir accès.
  • Lorsque l’oiseau a appris à rechercher ce qui se cache dans les petites boîtes, rendre ces dernières plus difficiles d’accès ou exigeant plusieurs manipulations pour parvenir à la gâterie qui se trouve à l’intérieur (grimper sur une échelle, marcher sur une longue perche, ouvrir une porte, attacher la boîte au bout d’une longue corde de coton et la suspendre dans le vide, une petite boîte dans une plus grosse boîte, etc.).
  • Ne pas trop traiter (éplucher, couper) les aliments avant de les offrir à l’oiseau. Offrez dans la mesure du possible les fruits et légumes complets (avec pelures du moins) et les noix dans leur écale.
  • Pour les besoins du perroquet, jouer c’est fourrager et il y a maintenant sur le marché plusieurs jouets conçus pour répondre à ce besoin de trifouiller (jouets ou puzzles dans lesquels on peut insérer les gâteries préférées de nos perroquets ou des petits bouts de bois à grignoter). Préférez ces jouets à tout autre.

La seule limite est votre imagination. Tout ce qui peut stimuler la recherche alimentaire et qui offre l’opportunité à votre oiseau de fourrager ou de mettre à profit ses talents athlétiques, qui a pour finalité de prolonger le temps alloué à se nourrir est recevable à condition bien sûr de ne pas mettre en péril sa sécurité. Le but ici est de le tenir occupé d’une façon qui sera productive pour lui.

Naturellement, au début, le perroquet ne comprendra pas trop cette innovation et semblera réfractaire à ces changements. Il est méfiant et c’est normal dans les circonstances. Vous devrez probablement le mettre sur la piste des découvertes. Mais après quelques jours d’adaptation (et une médiation bienveillante), la plupart des oiseaux deviennent très excités à l’idée de partir en campagne d’investigation afin de trouver les sites d’alimentation au travers de la maison et de relever les nouveaux défis que ces derniers imposent.
Il est remarquable de constater, quelques mois seulement après la mise en place de cette nouvelle organisation, la baisse significative des problèmes comportementaux reliés à l’inactivité et au manque de stimulation chez les perroquets, particulièrement dans les cas de problèmes de picage dont les symptômes sont d’origine psychogène. L’enrichissement du milieu dans la recherche alimentaire du perroquet n’est certes pas la panacée à tous les problèmes de comportement, mais c’est un très bon point de départ pour qui veut vraiment offrir plus à son perroquet.

 

 

© Johanne Vaillancourt 2006

Photos
Gazou, psittacus erithacus erithacus, CAJV
Cacatua galerita eleonora, Cristina Marques
Youppi, nymphicus hollandicus, Lyse Vaillancourt
Clémentine, psittacus erithacus erithacus, CAJV
Chiko, ara ararauna, Sylvain-Luc Richard
Quita, ara ararauna, CAJV
Gremlin, psittacus erithacus erithacus, Viviane Martin-Roman





 

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